La Ricotta

de Pier Paolo Pasolini
avec Mario Cipriani, Orson Welles, Laura Betti, etc.



Troisième épisode du film à sketches «Rogopag» réalisé en 1963 par Rossellini, Godard, Pasolini et Gregoretti (d’où son titre), «La Ricotta» n’a absolument rien perdu de son extraordinaire puissance subversive… Sous-prolétaire démuni, Stracci doit jouer le rôle de l’un des deux larrons de la Passion dans le film à grand spectacle que réalise un glorieux cinéaste (Orson Welles) pour des raisons alimentaires. Après avoir apporté son panier-repas à sa famille trop nombreuse et affamée, Stracci réussit à vendre le chien de la star pour acheter une grande quantité de ricotta qu’il dévore sur le champ. Le pauvre mourra d’indigestion sur la croix, suscitant ce commentaire cynique de l’ex-cinéaste engagé: «c’était sa seule manière de faire la révolution!».

A sa sortie, cette œuvre parfaite est interdite par la censure italienne qui la juge blasphématoire. Pasolini a beau jeu d’ironiser sur la bêtise d’une telle décision. Manifestement, les censeurs se sont parfaitement identifiés aux marchands du temple visés par la charge du cinéaste qui peut sans autre se réclamer de l’esprit du christianisme, son bon larron ayant tout du frère humilié du Christ. Sur le plan cinématographique, «La Ricotta» est un pur chef-d’œuvre dont la clarté didactique livre les clefs de la pensée profonde de son auteur. Opposant la Passion compassée, saint-sulpicienne, du glorieux cinéaste confit dans le maniérisme, et les coulisses du tournage débordantes d’une énergie vitale joyeuse et innocente, Pasolini fait à la fois violence à la religion et au cinéma, les accusant tous deux de trahison avec une drôlerie irrésistible! En quarante petites minutes féroces, le cinéaste accomplit une synthèse miraculeuse, appariant de façon géniale démarches critique et poétique… Pasolini est prêt à tourner «L’Evangile selon Saint Matthieu»!
Italie, 1963, couleur et noir et blanc, 40min, programme n°157

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