de Nicolas Philibert |
avec les pensionnaires et soignants de la clinique psychiatrique de La Borde
Au cours de l’été 1995, fidèles à ce qui est désormais une tradition, pensionnaires et soignants de la clinique psychiatrique de La Borde se rassemblent pour préparer la pièce de théâtre qu’ils joueront le 15 août… Avec un respect absolu d’autrui, Philibert suit tout le processus qui mène à cette drôle de «première» de la pièce du Polonais Witold Gombrowicz, «Opérette». Ce filmant, l’auteur du «Pays des sourds» (1992) a sans doute réussi l’un des plus beaux (et troublants) documentaires de l’histoire récente du genre. Sur la question de l’identité, fondamentale au théâtre, peu de cinéastes ont su s’aventurer si loin… Et avec quelle douceur! Le travail méthodique et rationnel que fournissent les soi-disant fous pour s’approprier un texte lui-même voulu absurde produit sur le spectateur un effet de proximité étrange saisissant. L’expression juste que recherchent avec une abnégation bouleversante les «acteurs» prend alors une importance formidable… Bouleversé, le spectateur découvre dans le même temps que la folie «raisonnable» du théâtre (qui fait du dédoublement de personnalité un art) est une part fondamentale de notre être et qu’elle peut être rendue par le cinéma… dans toute sa beauté primordiale!
1996, France, couleur, 1h45; programme n°95